Coutures, 2026
Textes d’accompagnement
Ils gardent la trace des conditions qui ont rendu ces images possibles.
Dans le regard de l’autre, elles prennent forme. La photographie leur donne une visibilité qui peut soulager autant que mettre mal à l’aise. Mais ces petites failles nous ancrent toujours dans le réel.
Celui qui regarde y projette à son tour quelque chose de lui-même : une gêne, une reconnaissance, un souvenir, une peur. La faille n’appartient alors plus seulement au corps photographié ; elle devient un point de contact entre les regards.
Chez mes modèles, certaines transformations sont choisies : la chirurgie, les traitements hormonaux, les gestes de modification du corps. D’autres arrivent avec le temps : grossesse, allaitement, variations de poids, vieillissement. Dans tous les cas, l’image devient un espace où le corps peut être regardé autrement, sans être réduit à ce qu’il a traversé.
La beauté devient alors une forme de contrôle, mais aussi de réappropriation.
Pendant les séances, je voyais cette fragmentation se déployer. Les bons angles, les zones à éviter, les parties plus faciles à montrer que d’autres : beaucoup de modèles arrivaient déjà avec une cartographie très précise de leur propre corps. Les réseaux sociaux ont renforcé cette manière de se regarder — par morceaux, par angles, par surfaces plus ou moins acceptables.
Mais dans un espace médiatique saturé de visages, d’identités et de corps constamment mis en récit, l’anonymat peut devenir, paradoxalement, libérateur. Il suspend l’obligation de se représenter, de s’expliquer, d’apparaître sous sa meilleure forme possible. Le corps peut simplement exister tel quel.
Projet réalisé dans le cadre de l’obtention du grade de Master à l’École nationale supérieure de la photographie d’Arles
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